
Un workflow pour faire un benchmark UX
Sophie, Spécialiste en pédagogie et contenu et Haydée Le Conte, UX/UI Designer
Un benchmark UX combine deux types de travail. Celui qui demande l’expertise d’une designer senior : choisir les bons critères pour une cible précise, lire l’expérience d’un site, décider ce qui compte pour le mandat. Et celui qui demande surtout du temps : visiter chaque page concurrent, remplir une grille ligne par ligne, structurer les notes.
Sur son dernier mandat, une boutique en ligne qui cible des adolescentes de 15 à 17 ans, Haydée, designer chez Lake House Group, a utilisé Claude pour absorber le deuxième type de travail. Elle a gardé le premier pour elle.
Le livrable a été produit plus vite, avec un meilleur usage de son temps. Voici le processus, étape par étape.
Étape 1. Haydée construit la grille de benchmark
Haydée a défini les critères du benchmark en partant du contexte du mandat. Une marque qui s’adresse à des adolescentes de la génération Alpha, dans un univers où la découverte de marque passe par TikTok, la preuve sociale par des pairs et non par des influenceurs établis, et où l’achat se décide autant sur mobile que dans une conversation de groupe.
Elle a retenu une douzaine de critères structurés en cinq dimensions : attrait visuel, expérience mobile, intégration UGC, preuve sociale, alignement avec les codes Gen Alpha.
Chaque critère a été choisi parce qu’il répondait à une question concrète du mandat, pas parce qu’il figurait sur une checklist UX générique. C’est la partie du travail qui demande le plus de jugement.
Savoir qu’il faut regarder l’intégration UGC, mais pas l’intégration UGC en général : celle qui fonctionne pour une ado qui scrolle en pyjama à 22 h. C’est là que se joue la qualité du benchmark. Claude n’intervient pas ici.
Étape 2. Claude Code pré-remplit la grille
Grille en main, Haydée a donné à Claude Code la liste des concurrents directs et indirects et lui a demandé de pré-remplir le tableau en visitant chaque site.
Claude Code a visité les sites, observé ce qui s’y trouvait, et rempli la grille critère par critère pour chaque concurrent. Haydée a ensuite repassé sur chaque cellule : validation, corrections, ajouts. L’œil UX reste le sien, mais elle partait d’un tableau structuré plutôt que d’une page blanche.
C’est l’étape qui concentre le gain de temps. Visiter dix concurrents et remplir une grille de douze critères prend normalement plusieurs heures de travail manuel peu stratégique. Ce temps est récupéré, et il est réinjecté dans l’interprétation des résultats et dans les étapes suivantes.
Étape 3. Structurer le guide d’entrevue
Avant de parler à de vraies utilisatrices, Haydée a identifié les zones d’ombre que le benchmark ne pouvait pas combler. Un benchmark montre ce que font les concurrents, pas pourquoi les utilisatrices répondent à une expérience plutôt qu’à une autre. C’est ce « pourquoi » qui guide les recommandations de design.
Haydée a utilisé Claude pour générer une première version du guide d’entrevue à partir des thèmes qu’elle voulait explorer : découverte de marque, signaux de confiance, rôle de TikTok dans le parcours, rapport au site web.
Elle a ensuite reformulé les questions, éliminé celles qui étaient trop abstraites pour des ados de 15 ans, et ajouté celles qui touchaient à des comportements qu’elle avait déjà repérés dans l’analyse concurrentielle.
Le gain ici n’est pas dans le temps. Il est dans la clarté. Passer par une première version écrite force à expliciter ce qu’on cherche vraiment, et à le hiérarchiser avant d’être en entrevue.
Étape 4. Synthèse des découvertes
Après les entrevues et l’analyse concurrentielle, Haydée a transmis ses notes à Claude pour faire ressortir les patterns.
Les constats clés sont venus des entrevues elles-mêmes. TikTok est le point d’entrée pour ces clientes, pas le site web. Les photos de vraies personnes comptent plus que les shootings professionnels. Le site ne sert pas à faire découvrir la marque, il sert à valider la confiance.
Claude a organisé ces constats. Haydée les a validés, hiérarchisés, et traduits en recommandations de design.
La traduction entre un constat de recherche et une recommandation concrète est le moment où l’expertise senior prend tout son sens. Un constat comme « le site sert à valider la confiance » peut se traduire en dix décisions de design différentes. Laquelle choisir dépend du mandat, du client, et de ce qui est implémentable dans les contraintes du projet. Ça ne s’automatise pas.
Ce que l’IA change dans le travail
Le découpage du mandat a déplacé le centre de gravité du travail. Haydée a passé plus de temps sur le choix des critères, sur la conduite des entrevues, et sur la traduction des constats en recommandations. Elle a passé moins de temps sur le remplissage de grille et la mise en forme.
La valeur d’un benchmark ne vient pas de la grille. Elle vient des critères qu’on a choisi d’y mettre, des questions qu’on a choisi de poser, et des recommandations qu’on décide de défendre devant un client.
Ce travail-là reste entièrement humain. L’IA déplace le temps de travail vers ce qui compte, pas vers ce qu’elle peut automatiser.

